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jeudi 15 mars 2018

De l'art, des romans et de la bienveillance pour (tous) les bébés.


CACHE de Corinne Dreyfuss

Qu’est-ce qu’un roman ? C’est une narration de fiction dont le lecteur suit les péripéties des personnages. Généralement, il n’y a pas ou peu d’illustrations. Dans le fond, pourquoi les bébés n’auraient-ils pas le droit, eux aussi, à leur roman ? La plupart des gens se diraient « parce qu’il n’y a pas d’illustrations tout, justement ». Eh bien, n’en soyez pas si sûrs...

Caché de Corinne Dreyfuss est donc le premier roman pour tout-petits.

Épais, comme un (gros) roman, constitué de 3 chapitres et d’une préface : ce livre-là a tout du roman. L’histoire commence dans le feu de l’action : en plein milieu d’une partie de cache-cache. Le narrateur compte, puis le clame haut et fort : « j’arrive ! » Mais pour trouver qui ? Il y a un suspens presque insoutenable ! Où se cache le participant ? Dedans ? Dehors ? Le narrateur va chercher dans tous les coins. Croiser des personnages étonnants : comme un chat, un chien et… le plus important, celui ou celle qui lit avec son parent. Mais chut, c’est une surprise ! Et une chute narrative, efficace.

L’auteure joue avec le sens du mot comme le sens de la page : les phrases « je regarde en haut » et « je regarde en bas » sont donc placées en haut et en bas de la page. Le « je ferme la porte » est écrit à l’envers, à lire dans un miroir ou comme sur une porte… fermée. La représentation graphique du mot s’adapte au signifié : le mot PORTE est collé à la paroi du livre et le mot CACHE disparaît presque à la vue du lecteur. Les onomatopées ne sont pas en reste : elles sont mises en scène ; ainsi le bzzz de l’insecte vole à travers les pages.

Habituellement, toutes ces petites marques noires imprimées sur le papier blanc servent à faire parler les adultes et sonnent comme de la musique. Ici, c’est bien plus que cela. Ce sont ces petits signes d’écriture qui tiennent le rôle d’illustration !

Voyez donc : un roman au graphisme merveilleux, sans aucune illustration. Un roman épais avec tous les ingrédients de fiction nécessaires à emporter l’adhésion d’un petit lecteur. Un roman très bien écrit dont le récit lu à haute voix s’écoute avec jubilation. Une idée lumineuse. Il fallait y penser.

Petit bonus : la préface écrite par Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre, qui réaffirme aux parents l’importance du récit pour les bébés et le bien qu’apporte une telle entreprise littéraire initiée par Corinne Dreyfuss.

L’art des Tout-Petits


Si les bébés ont le droit d’avoir leurs propres romans comme les grands, ils ont donc aussi le droit d’avoir ou de voir de l’art. Après le livre sans illustration, voici le livre plein d’illustrations. Et pas des moindres.
Les éditions Palette… proposent un nouvel ouvrage sur l’Art à destination des tout-petits. Et c’est une bonne nouvelle. Après « l’art des bébés », édité en 2012, voici « L’art des Tout-Petits », un collectage judicieux d’œuvres d’art contemporaines classées selon la palette graphique des 3 couleurs de bases : bleu, jaune et rouge.

Cela tombe bien, parce que ce sont des couleurs primaires en peinture. Elles sont vives et saturées donc plus facilement visibles pour un bébé à partir de 4 mois.

Ici pas d’histoires, sauf celles que l’enfant s’imaginera en parcourant l’ouvrage, mais des illustrations forcément étonnantes puisque créées par Matisse, Klee ou le street artiste Monsieur Chat. Des illustrations d’artistes et des petites interrogations en rimes pour susciter questionnement et amorcer les spéculations d’un enfant forcément curieux.

Et oui, si vous en doutiez, le petit humain est né curieux. Lui présenter des illustrations tout le temps différentes, c’est nourrir sa curiosité naturelle. Stimuler ses yeux avec des œuvres d’art ce n’est pas en faire un singe savant ou un futur conférencier d’art contemporain. D’ailleurs, elles ont été choisies pour leur accessibilité, leur simplicité sans rien enlever à leur valeur. Non, c’est simplement proposer d’égayer son quotidien, d’ouvrir son imaginaire, de donner à voir autre chose. Tout ce qu’un bébé recherche naturellement. C’est juste bon pour lui. Sans modération. Là où le livre vous indiquera du Lichtenstein ou du Mondrian votre enfant ne verra qu’un visage, une courbe, un mouton ou de jolies couleurs qu’il prendra le temps de scruter, ou pas. Mais il y prendra beaucoup de plaisir. Puisque le livre lui est destiné et qu’il le découvrira avec un adulte pour un temps d’échange complice. 

A quoi rêves-tu bébé ?

En parlant d’artiste, l’auteure He Zhihong est étonnante sur plusieurs points. Tout d’abord elle est calligraphe et enseigne son art. Ensuite, elle a un intérêt particulier pour les visages. Enfin, elle réalise ses œuvres sur du papier de riz ou, ici, de la soie. Ses livres sont donc des reproductions de ses toiles en tissu. L’univers visuel de cette auteure est déjà une découverte qui saura éveiller l’intérêt d’un tout-petit. D’autant plus qu’He Zhihong évoque des situations que le.la petit.e lecteur.trice reconnaîtra avec enthousiasme. Parce qu’elles résonnent en lui/elle.

Entre les deux bébés endormis, celui du début et celui de fin, les scènes oniriques et réalistes se déroulent au fil des pages tournées, rythmées par le « A quoi rêves-tu bébé ? ». L’auteure s’adresse au petit lecteur d’une manière bienveillante : tu n’es pas tout seul à dormir, à te séparer de tes parents le temps d’une sieste ou d’une nuit, à ne pas savoir ce qu’il se passe quand tu fermes tes paupières. Et si c’est plutôt dans les rêves que l’on peut voler, que l’on chevauche des montagnes, que l’on nage avec les méduses, quelle joie de pouvoir le faire aussi à travers un livre.

La façon enveloppante du récit (comme chuchoté à l’oreille) est renforcée par l’usage de l’encre sur soie. L’aspect vaporeux et délicat des fonds en lavis, la précision du drapé sur les vêtements, ajoutés aux pages liminaires à motif en début et fin de livre participent à restituer ce côté « cocon » ou lange dans lequel ou pourrait emmailloter un enfant pour le rassurer et le contenir avec attention. C’est tout l’enjeu de l’auteure qui construit un livre-lange, un livre-doudou de grande qualité artistique.




dimanche 13 août 2017

C'est à moi !

Arrive un moment où le bébé se rend compte qu'il est aussi une personne. Il rentre alors dans l’opposition et les mots "PAS" et "NON" deviennent les mots à la mode. Avec le temps, il s'affirme de plus en plus et utilise beaucoup le possessif. Le jouet n’est pas un objet extérieur, le jouet EST l’enfant ! Avec une telle perception, difficile donc de partager avec les autres... Et cela est bien normal. Ce n'est pas non plus de l'impolitesse. C’est une période nécessaire et, certes, agaçante pour les adultes...

Il est donc intéressant de retrouver ces conflits internes qui travaillent l'enfant dans les livres.
Proposer un livre avec un tel sujet c'est faire comprendre à l'enfant que l'on a pris en compte ses préoccupations. Ce n'est pas anodin. 

Ma maison de Byron Barton

Des couleurs franches, contrastées, des formes simples parfaitement reconnaissables, de grands aplats de couleur : le monde de Byron Barton est remarquable pour raconter une histoire à un tout-petit qui adore ce genre de graphisme.

Le livre fait un aller-retour entre extérieur et intérieur pour découvrir les habitudes du héros, Jim, qui présente son univers au lecteur. Derrière une histoire simple et répétitive, une grande aventure se dessine. Au petit lecteur de l'imaginer. 


C’est ma mare de Claire Garralon 

Dans un style graphique différent, qui laisse une grande part au blanc, Claire Garralon propose une idée du partage, de la propriété et de la possession sous la forme d’un récit de randonnée. Le récit répétitif laisse les canards s’accumuler dans la mare et la place dans celle-ci diminue, inévitablement. Arrive le canard noir (le vilain petit canard ?) qui propose de révolutionner l’idée de propriété un peu étriquée des canards colorés ! Bien sûr, tout cela est relatif, puisque ce qui appartient à tous appartient aussi aux… hippopotames ! Alors, là, si l’on suit la même logique du récit, le partage entre congénères va laisser entendre d’autres problèmes… de taille. La loi du plus fort, l’emporte-t-elle ? D’ailleurs où sont passés les canards ? Comme tout est dans l’ellipse, le blanc et le silence, on laisse l’enfant deviner ce qui peut bien se produire grâce à la répétition.

Si l’excuse de la possession est le thème de l’histoire, le récit, comme le graphisme, proposent donc de plus grandes notions. Le livre est bien pour les plus grands, l’humour sous-jacent ne sera pas forcément compris par les plus petits qui, eux, s'attarderont à confronter leur frustration sur cette fameuse mare que, comble de l’horreur, l’on n’arrête pas de partager. Un mal nécessaire ? 

C’est à moi d’ Emily Gravett

L’amitié ce n’est pas toujours simple. Il faut aussi accepter les disputes et la mésentente qui en découlent parfois. Problèmes qui surviennent généralement lorsqu'il s’agit de partager…

Placés judicieusement sur les pages, nos deux héros récurrents (plusieurs albums avec Lièvre et Ours) se rapprochent au fil de l'histoire pour mieux se pardonner et se consoler. Lorsqu'ils étaient séparés par la pliure du livre juste avant, c'est que l'entente n'était plus cordiale.
Ce livre, avec sa jolie première de couverture, se présente et s’ouvre comme un album de famille ou un épisode de vieux film en noir et blanc.
Il évoque tout aussi bien ce qui est à soi et ce qu’on partage. Et laisse entrevoir une issue positive : ouf, votre enfant ne sera pas forcément un égoïste patenté ! 





Posséder rassure. Un livre dont la lecture résonne chez un enfant rassure aussi. Imaginez un peu les conséquences en bibliothèque quand il faut restituer ce livre !  

mercredi 23 novembre 2016

Commande au Père Noël (à partir de 3 ans et demi)

Une amie me demande quelques idées pour sa progéniture de 3 ans et demi. 
Si cela peut aussi vous aider...

De bons classiques :

Lu chaque année par Barak et Michèle, voici LE livre de littérature jeunesse :



Totalement universel et indémodable, ce livre, l'air de rien, parle au plus profond de l'inconscient des petits humains. En effet, la colère comme la frustration sont le lot quotidien d'un enfant alors que ce dernier n'aspire pourtant qu'à être le Petit Roi de son Monde. Ce qui est bien naturel. Mais ce qui n'est pas possible ! Donc pour se faire du bien, rien ne vaut une plongée là où il y a du sauvagement jubilation ! 




Dotées d'un vocabulaire d'une exigence remarquable, les histoires de Claude Boujon évoquent subtilement de grandes préoccupations universelles  : la différence et la tolérance. (Voir aussi La brouille et l'Intrus, entre autres ). Ici, c'est un conte de randonnée dont l'enfant va comprendre rapidement le mécanisme narratif : Monsieur Lapin va d'animaux en animaux pour voir ce qu'ils mangent puisque lui-même n'aime plus les carottes. Et voilà, comment, l'air de rien, l'enfant entre dans des récits plus élaborés... voire mathématiques !


Pour rester dans les mathématiques, randonnons vers les crottes !
Voici une histoire, l'air de rien, d'équité et de JUSTICE rendue. Les enfants exècrent l'injustice et ne s'étonneront pas du tout de la chute, à la fin du récit de cet ouvrage incontournable.




Des livres GRANDIOSES :

Un livre-jeu exceptionnel ! Grâce à son format géant, l'enfant découvre les animaux en cinémascope ! Un bijou. (Au passage, toute la maison d'édition est remarquable...)










Autre maison d'édition époustouflante : La joie de lire. Tout est dit.
Ce livre "cherche-trouve" est un délice à savourer avec l'adulte pour mieux se plonger dans les petites histoires foisonnantes que chaque détail amène. Il en existe 4... puisqu'il y a 4 saisons !


Des livres avec des loups dedans

Aaah le loup ! BOUUUH !
C'est toujours avec ces histoires-là que les parents prennent une voix ridicule pour "faire le loup". Oui, c'est bien connu, les loups ont une grosse voix quand ils parlent.
Attendez !?
Les loups parlent ?
Il serait bon de prendre un livre documentaire pour réviser ! Cela tombe bien, celui-ci est GEANT, parfaitement documenté (non, rien sur la voix grave du loup, désolée, gardez votre voix naturelle, c'est plus simple) et magnifique. Oui, très jeunes, les enfants peuvent aussi avoir  des livres documentaires ! Vous n'y avait pas pensé ? Celui-ci est tout indiqué...


Maintenant, vous en savez plus sur le loup : où et comment il vit, de quoi il se nourrit, etc...  Vous pourrez donc répondre à l'interrogation que se posera forcément votre petit(e) Loulou à la fin (ouverte mais pas vraiment) de cette étrange histoire d'amitié entre un lapin végétarien et un loup carnivore.  
Vous n'êtes pas sûr ? Bizarre, pourtant plein d'indices sont égrenés dans les pages (assiette, fourchette, serviette bien rouge...) Alors, un moyen remarquable vous y aidera : dites le titre rapidement plusieurs fois de suite, jusqu'à fourcher... La réponse sera limpide. Rascal est un génie. 



Rien de tel qu'un loup ridicule. Donc drôle. L'humour désamorce tant de chose !
Les auteurs Mario Ramos et Corentin le font si bien. Pourquoi s'en priver ?


Bon Noël ! 

mercredi 2 mars 2016

A.B.C de Marion Arbona aux éditions du buveur d'encre

Bien plus qu’un simple abécédaire : un livre multifonctions !

A.B.C., de l'illustratrice de génie Marion Arbona, est à la fois un livre-jeu pour un moment de complicité à partager avec son enfant mais aussi une encyclopédie d’histoires par milliers à inventer soi-même ! Nec plus ultra : le grand format en fait un livre-objet, un beau-livre précieux que l’on gardera longtemps.

mardi 3 mars 2015

Des imagiers pour découvrir le monde

  • Pourquoi un imagier ? 

Les imagiers sont idéaux pour deux choses : le partage d’un moment privilégié avec un adulte et la découverte de mots pour nommer le monde et étancher sa soif d’en connaître de nouveaux.

C’est vers 18- 30 mois que le tout-petit a envie de pointer du doigt tout ce qui l’entoure en demandant à l’adulte « Koissa », autrement dit « c’est quoi ça ? ». Questionnement fastidieux mais auquel l’adulte doit se soumettre pour apporter les mots dont l’enfant va se nourrir.

jeudi 4 décembre 2014

Ça sent bon la maman d'Emile Jadoul

Charlie, l'heureux propriétaire de cette "bibliothèque" est entré en CP. Il a eu 6 ans. Il a perdu 2 dents de lait. Il a interdit à sa mère de l'appeler "mon bébééé" en public et surtout devant l'école et ses nouveaux copains.

Bref.


Charlie a grandi. 


Et pourtant.

mardi 10 septembre 2013

Safari dans le lavabo de Guillaume Guéraud et Hélène Georges

Tous les enfants veulent savoir ce que devient l’eau quand on se brosse les dents et qu’elle s’écoule dans le trou du lavabo.
Alors qu’il y a-t-il dans les tuyaux ? Quels sont ces gargouillements dans l’évacuation ? Des alligators ? Des girafes ?
"Safari dans le lavabo"
 Guéraud et Georges
Que de tuyaux et d'animaux !
(3-5 ans)

lundi 9 septembre 2013

[Lecture du soir] Charles prisonnier du Cyclope de Cousseau & Turin

Pour la millième fois cette semaine, Charlie s'est délecté du deuxième volume des aventures de Charles, le dragon. Alors, je ne résiste pas à vous en parler ici :

À l’école des dragons,
on apprend à voler et à cracher du feu.
Sauf quand on s’appelle Charles
et qu’on préfère écrire des poésies

samedi 23 mars 2013

"Caca et Pipi" de Bisinski et Alex Sanders, une histoire d'amour pas banale


Votre enfant, habituellement possesseur d'un vocabulaire assez riche, ne fait plus usage que de quelques syllabes : "cacacacacacacacaaaa" (la variante "cacaboudin" marche également) ? Pas de panique, voici un livre qui ne parle QUE de cela ! Caca et Pipi
Formidable, non ?!
Quel bonheur